Entre laves et vignes : la personnalité unique des vins volcaniques au Mont-Dore comparée au monde

17/08/2025

Quand la vigne s’ancre dans la cendre : une mosaïque mondiale

Les terroirs volcaniques ne sont pas l’apanage exclusif de l’Auvergne. Ils s’étendent :

  • En Italie (Etna, Vésuve, Soave…)
  • Aux îles Canaries (Lanzarote, Tenerife),
  • En Grèce (Santorin),
  • Au Portugal (Açores, Madère),
  • En Hongrie (Tokaj),
  • Jusqu’en Oregon ou dans la vallée de Napa, États-Unis.
C’est dire si le volcan, désormais paisible, continue à forger des univers de saveurs partout sur la planète. Mais ces vignobles si dispersés partagent-ils une même signature dans le verre ?

De la lave au vin : comprendre la notion de “signature volcanique”

Le vin, on le sait, est l’expression de son sol autant que du vigneron. L’idée de signature volcanique intrigue : au-delà du sol, parle-t-on d’un goût universel de roche brûlante, de fumée ou de pierre mouillée ? Pas si vite ! D’une région à l’autre, la lave verdit, brunit, jaunit, se mélange à l’argile ou au sable, devient argilo-basaltique, trachytique, voire ponceuse.

  • Le Mont-Dore repose surtout sur des ponces, trachytes et basaltes, riches en minéraux comme le magnésium, le fer et le potassium (source : BRGM).
  • L’Etna, roi sicilien, se compose d’une palette complexe de basaltes, de cendres et de lapilli.
  • Sur Santorin, la vigne se love dans la ponce, le tuf et des cendres volcaniques âgées de plus de 3 500 ans.
  • À Lanzarote, le vin naît dans de petits cratères creusés à la main, protégés du vent par des murets de pierre volcanique.

Chacune de ces terres “noires” donne des atouts : drainage exceptionnel, capacité à emmagasiner ou libérer fraîcheur et eau, boost en oligo-éléments. Mais le terroir n’est pas tout : climat, altitude, cépages, pratiques humaines influencent autant le style final.

Palette aromatique : quelles ressemblances et différences dans le verre ?

Qu’est-ce qui unit vraiment ces vins à l’aveugle ? Les études sensorielles et les dégustations comparatives tendent à relever certains points communs.

  • Une fraîcheur presque systématique : Due à la capacité de la roche volcanique à retenir la fraîcheur, même dans des climats chauds, mais aussi à l’altitude fréquente de ces vignobles. Par exemple, au Mont-Dore, les vignes flirtent avec les 700 à 900 m, tandis que sur l’Etna on grimpe jusqu’à 1 200 m.
  • Des notes minérales puissantes : Les dégustateurs évoquent souvent la pierre à fusil, la fumée, la craie mouillée, le silex après l’orage. Toutefois, cette “minéralité” reste subjective et controversée chez les scientifiques (source : Revue des Œnologues, n°179).
  • Une tension en bouche : Les vins issus de sols volcaniques offrent rarement de la lourdeur. Au contraire, ils sont droits, tendus, parfois tranchants, portés par une acidité naturelle et une faible richesse en sucres résiduels, surtout dans les blancs.

Mais la comparaison s’arrête vite.

  • Sur le Mont-Dore, le pinot noir, le gamay d’Auvergne et le chardonnay s’expriment avec une grande finesse, mêlant fruits rouges frais, touche saline et “peau de pierre”.
  • Sur l’Etna, le Nerello Mascalese se fait aérien, tout en notes de cerise acidulée, d’épices et de cendres, évoquant la Bourgogne mais le feu en plus.
  • À Santorin, l’Assyrtiko explose de citron vert, de zeste et de sel, presque marin, enrobé d’une structure ciselée comme du granit.
  • À Lanzarote, la Malvoisie Volcanique offre des vins fumés, exotiques, parfois iodés, où l’acidité se mêle à une amertume élégante.

Ainsi, la famille volcanique affiche clairement des cousins… pas des jumeaux.

L’influence déterminante des cépages locaux

Un des secrets de la diversité des vins volcaniques tient à la grande variabilité des cépages plantés :

  • En Auvergne : Pinot noir, Gamay d’Auvergne, Chardonnay, Pinot gris, mais aussi nouveaux arrivants comme le sauvignon ou le pinot beurot.
  • Sicile : Nerello Mascalese, Nerello Cappuccio, Carricante.
  • Santorin : Assyrtiko, Athiri, Aidani.
  • Lanzarote : Malvasia Volcanica, Listán Negro.

Chaque cépage traduit de façon différente le langage du volcan sous-jacent. Le Gamay d’Auvergne, par exemple, a été sélectionné pour résister aux hivers rigoureux et aux vents du Sancy, il donne des vins aux tanins soyeux, à la tension affirmée. Sur Santorin, c’est la résistance à la sécheresse et aux vents salés qui a dicté les choix.

Au final, si l’esprit “volcan” insuffle une énergie minérale commune, c’est le couple cépage-terroir qui dicte la partition aromatique.

Le facteur humain : traditions, savoirs et choix de vinification

Pas de “goût du volcan” sans la main du vigneron.

  • Le travail du sol (labour rare, protection contre l’érosion sur les pentes, murets) joue un rôle essentiel, de Lanzarote (culture en cratères) à Busséol ou Saint-Saturnin.
  • Les choix de vinification varient : macérations longues ou courtes, grappes entières ou éraflées, élevage sous bois ou cuve inox.
  • Tradition de l’oxydation légère sur Madère, pressurage direct sur Santorin, cuvaisons courtes en Auvergne pour préserver le fruit croquant…

Chaque région a bâti ses propres gestes, souvent dictés par la nécessité : manque d’eau, vents constants, pentes abruptes ou volonté de préserver la fraîcheur. Ce sont ces traditions, en symbiose avec leur terroir volcanique, qui signent l’originalité de chaque vin.

Quelques chiffres et anecdotes qui frappent

  • Le vignoble du Puy-de-Dôme (où se situe le Mont-Dore) compte à peine 800 hectares plantés en 2023 (FranceAgriMer), contre 2 000 ha avant la crise du phylloxera au XIXe siècle.
  • L’Etna, malgré sa réputation internationale, n’est qu’une “petite” région avec environ 1 000 hectares : son rendement est d’à peine 35 hl/ha, gage de concentration (source : Consorzio Etna DOC).
  • Lanzarote produit 2,5 millions de litres de vin par an, mais ses vignes sont plantées sur plus de 1 000 km de murets à la main (Cabildo de Lanzarote).
  • Le caractère “minéral” apprécié dans les vins volcaniques n’a pas pour cause directe les minéraux du sol, mais le stress hydrique et la faible richesse organique des terres, qui concentrent arômes et acidité (cf. Le Figaro Vin, 2020).
  • Le plus vieux cépage de Santorin, l’Assyrtiko, a survécu aux ravages du phylloxera grâce à son enracination profonde dans la lave.

Vers une identité partagée… ou la célébration des différences ?

Quelque chose unit les vins volcaniques : un dynamisme minéral, une droiture en bouche, une vitalité fraîche, parfois un aspect “pierreux” ou “fumé”. Mais l’identité volcano-viticole, ce n’est pas un moule mais une mosaïque, qui brille par la diversité de ses fragments. Boire un gamay du Mont-Dore, un caro du Vésuve ou un assyrtiko de Santorin, c’est entrer dans un dialogue de cousins “de feu” : chaque gorgée raconte la rencontre entre la cendre, l’homme, le vent, et la plante.

À ceux qui partent à l’assaut des vins volcaniques du monde, un conseil : laissez-vous guider par la surprise, dégustez à l’aveugle – vous sentirez peut-être la trame commune, mais ce sont les différences qui vous feront revenir, verre après verre, du Sancy à l’Etna, de Santorin à Auvergne.

Pour aller plus loin :

  • Le livre « Volcanic Wines » de John Szabo, Master Sommelier
  • La série documentaire « Terroir Volcanique » sur Arte
  • Le dossier « Les vins volcaniques à la loupe », Revue du Vin de France, mai 2022

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