Arômes et saveurs : la palette des volcans auvergnats
Une minéralité qui ne s’improvise pas
La minéralité revient inlassablement dans le discours des producteurs. À Montpeyroux, par exemple, les vignerons parlent d’un « goût de caillou » qu’ils jugent impossible à trouver ailleurs. Les cendres de la chaîne des Puys, chargées de fer, de magnésium et de potassium, sont soupçonnées de jouer un rôle dans l’apparition de cette minéralité si prononcée. Si la notion reste discutée chez les œnologues (La Revue du Vin de France), elle est plébiscitée par les palais qui goûtent les blancs du secteur : le chardonnay puydomois peut rappeler la coquille d’huître, la cendre fine, parfois la pierre chaude au soleil.
Chez les rouges, cette minéralité prend des airs de graphite, voire subtilement métallique. Elle ne relève pas de la mode : selon une étude menée par Pierre Sourzat, géologue passionné (in “Guide des vins d’Auvergne”, éditions du Signe, 2016), plus de la moitié des dégustateurs attribuent à l’Auvergne cette marque “de pierre”.
Fraîcheur et relief en bouche
Sur des terroirs volcaniques comme à Boudes, le sol basalteux joue le rôle de régulateur thermique : il emmagasine la chaleur du jour et la restitue la nuit. Résultat : une maturité lente et maîtrisée, donc une acidité préservée. Peu de chaleur lourde, beaucoup de tension : en bouche, le vin d’Auvergne ne fatigue jamais. Cet équilibre explique le succès grandissant de la région auprès des sommeliers parisiens (voir le dossier Le Monde, 2020).
Certains parlent de “verticalité” du vin volcanique, comme si la structure en bouche procédait du sol lui-même : on sent une énergie, un fil conducteur, qui donne envie de se resservir.
Fumé, soufre, et poudre de roche
Sans surprise, la référence aux volcans s’incarne parfois dans des arômes que l’on qualifie de “sulfureux” (sans pour autant relever du défaut). Un pinot noir volcanique bien vinifié, goûté sur le fruit, développe souvent :
- une légère note fumée (on pense à la cendre froide, au bois chauffé)
- une “allumette craquée” (presque imperceptible, agréable, fugace)
Des dégustateurs chevronnés évoquent même des saveurs de “poudre à canon” ou de silex frappé, dans la lignée de certains chenins ligériens (source : Jancis Robinson, “Wine Grapes”, 2012).
Flore des montagnes et parfum du vent
Le vin volcanique d’Auvergne est imprégné du “vivant” de ses sols. Plusieurs vignerons affirment retrouver, dans leurs gamays sur pouzzolane par exemple, “le parfum du causse après l’orage”, une note de lichen séché, de gentiane, voire ce que le botaniste appellerait la “pierre-bloquée” – cette mousse rase du granit qui pousse au sommet du Sancy.
Cette dimension végétale distingue l’Auvergne par rapport, disons, à la Bourgogne. Plus d’austérité, certes, mais aussi une émotion franche, rustique et fraîche.